mardi 19 septembre 2017

NOS ANNÉES FOLLES

André Téchiné





Le début du film est truffé de flashbacks qui ne s'enchaînent pas de manière très fluide et compréhensible et j'étais un peu déroutée. Au temps présent se mêlait le passé et une histoire de théâtre qui ne faisait qu'embrouiller.  A vrai dire je ne saisissais pas tout mais je ne suis pas très intelligente. Enfin... un mauvais départ.
Tout de même une image poignante : un soldat en plein combat de la guerre de 14/18 errant au milieu des tirs, l'air égaré, ne pensant ni à prendre son fusil ni à se protéger,  bref, un type qui ne comprend rien à la guerre. Il s'appelle Paul,  et n'a qu'une envie, sortir de cet enfer..
Il finit par déserter et il revient auprès de Louise,  sa femme qui le cache dans la cave de sa maison. Afin qu'il puisse s'aérer  Louise, a l'idée de le déguiser en femme. Il résiste, refuse, mais finalement, son envie de sortir le pousse à accepter cette proposition. Paul devient Suzanne.
Je ne raconterai pas les mésaventures de Suzanne pour ne pas déflorer le film.
Pour moi, ce film devient vraiment intéressant au moment où, la guerre finie, Suzanne peut et doit redevenir Paul, mais Suzanne semble plus forte que Paul.Suzanne était forte, séductrice, admirée, Paul lui, n'est rien.  La difficulté de retrouver son identité d'homme, voilà le chemin douloureux de Paul et là, le film prend une dimension tragique et dense. Les deux acteurs sont excellents, en particulier celui qui incarne Paul dont je ne vous dirai pas le nom car il est à rallonge* mais c'est le même qui jouait dans "l'inconnu du lac" et dans "le fils de Jean".
En somme, un film qui part mal mais qui s'améliore tout du long et qui finit très bien ( je parle de son intérêt et pas de la fin du film qui elle, n'est pas rose).
De plus, il s'inspire d'une histoire vraie.


Ana 

* Pierre Deladonchamps

120 BATTEMENTS PAR MINUTE

Robin Campillo





120 battements par minute... et mon cœur a battu !
Il y a longtemps que je n'avais pas vu un film aussi beau. Pourtant, le sida dans les années 90 alors qu'il n'y avait pas encore de traitement efficace, ça paraît un sujet épouvantable.
Oui mais, il y a le génie du réalisateur, des acteurs. Une énergie incroyable, un sentiment d'urgence, une soif de vivre côtoient le drame de la maladie et de la mort.
Après une action militante, les adhérents de Act Up, pour la plupart séropositifs, s’enivrent de danse et de musique dans une boîte. La scène est longue et nous enivre aussi mais la fête se termine par un écran tout gris, un ailleurs, un infini ou des molécules errent et se cognent. Nous étions dans la vie et nous voilà ramenés vers la maladie et la mort. 
J'ai beaucoup aimé ces images subtiles, muettes qui font sans cesse, tout au long du film basculer les émotions. La Seine coule, calmement dans un Paris magnifique, oui, mais la Seine est rouge sang.
Les acteurs sont superbes et la réalisation géniale.
Je l'ai vu il y a 15 jours mais j'y pense encore !


Annie

dimanche 17 septembre 2017

PETIT PAYSAN

Hubert Charuel

Pierre est éleveur de vaches laitières. Il a un petit troupeau d'une trentaine de bêtes. Il a repris la ferme familiale, et sa mère le surveille non-stop de la cour. Il aime son métier et ses animaux. Mais aux infos et sur internet, on ne parle que de la maladie, cette fièvre hémorragique belge dont les vétérinaires déciment les troupeaux afin d'éviter la propagation d'un virus dont ils ignorent le mode de transmission.
La sœur de Pierre, vétérinaire justement, essaye de le rassurer.

Un beau film qui montre comment on peut déraper quand on pense sa cause juste. Comment la sœur l'aide, au départ malgré elle. Dans cet univers pas si gai, quelques scènes drôles éclairent le décor d'une autre couleur.
Sara Giraudeau avec ses cheveux rabattus sur le visage ressemble extraordinairement à son père.
C'est vraiment bien, allez-y.

LE REDOUTABLE

Michel Hazanavicius





Jean-Luc Godard, amoureux, tourne "la chinoise" avec la femme qu'il va bientôt épouser. Mais l'époque ne comprend pas ce film. Arrive Mai 68, qui va jeter Jean-Luc dans la rue, révolutionner son cinéma, voire le rendre incompréhensible. Et lui faire souvent changer de lunettes. Sa compagne, qui le suit partout, prend pourtant peu à peu de la distance.

On ne s'ennuie vraiment pas à regarder le spectacle de Garrel zozotant à souhait, se faisant passer pour un sinistre con, faisant fuir ses meilleurs amis et jusqu'à la femme qu'il aime. Bref un excellent film, une photographie d'une époque! Ce n'est peut-être pas un hasard si on revient à ce style de meubles minimalistes qui décoraient les appartements, c'est très joli!
Stacy Martin et Bérénice Béjo sont parfaites. A voir !

samedi 16 septembre 2017

Novilleros attention danger !

photos Matthieu Saubion


Sans novillada, il n’y a pas d’avenir pour la corrida. Les coûts d’organisation, la faible mobilisation des publics plus attirés par les affiches bling-bling, et l’impossibilité de mettre les novilleros punteros face aux novillos de respect y contribuent largement.

Un autre problème qui se pose est la pénurie de novilleros. Cela peut paraitre paradoxal compte tenu du nombre de jeunes gens qui cherchent désespérément un contrat. Le problème, au gré des échanges entre empresas/apoderados est que nous voyons toujours les mêmes. Et plus grave, blasés ou manipulés par leur entourage, ces novilleros manquent de chispa, d’envie de toréer.
L’exemple le plus flagrant est la novillada de Bayonne. Sont sortis en piste des Los Maños raisonnables de présentation. A la muleta, en bons Buendias, ils étaient nobles, pastueños et même pour certains franchement sosos.  Ils devaient laisser entre les mains des novilleros leurs oreilles d’autant qu’un des toreros Andy Younès était sensé être prêt pour passer à l’échelon au dessus.  Les deux novilleros, très peu motivés, ont laissé passer les trophées qui s’offraient pourtant à eux.
Ils ont récité de façon mécanique des faenas standards sans originalité et surtout sans prise de risques de peur de sortir du moule et de commettre des erreurs. Et pourtant l’originalité, les erreurs de jeunesse font partie de la novillada. Le quatrième novillo était un monstre de noblesse. Il suffisait de mettre   la main très basse et de toréer de façon relâchée pour profiter des qualités du bicho et faire une faena cumbre. On a vu un novillero appliqué certes  mais appliquant surtout une faena modèle et des attitudes standards qui l’ont fait rester en dessous des possibilités du novillo.
Adrien Salenc, son compagnon de cartel, n’a jamais su trouver le sitio face à des toros qui permettaient.
Les deux toreros ont failli à l’épée. A forcer de viser le rincon, on finit par des bajonazos ou on pinche parce qu’on ne sait plus cadrer et toréer un toro  au moment de porter une estocade.
On attend des novilleros, surtout en mano à mano, qu’ils se tirent la bourre. Rien de tout cela, seul Salenc a fait un quite, timide, à un novillo de son compagnon de cartel ;
Résultat, le public venu voir le cartel « qui allait tout casser » s’est ennuyé sur les gradins.
A Dax, le schéma est quasi identique. Colombo et Carretero n’ont pas de personnalité. Leur tauromachie est stéréotypée. Les oreilles coupées le sont souvent après des bajonazos qui provoquent des morts rapides « fulminantes » qui remplissent d’aise des publics qui confondent sincérité, et efficacité d’une estocade avec  chute rapide , souvent aidée par les cuadrillas, du toro.
Seul Tibo Garcia, avec une personnalité « froide » mais une vraie originalité, a essayé de sortir des sentiers battus mais il a été mal servi au sorteo. Il a, en plus, un  vrai problème avec les aciers  qu’il va devoir résoudre rapidement.


Face à eux les José Cruz, faibles, nobles et fades, n’ont pas transmis de l’émotion  mais ne demandaient qu’à être essorillés.
Résultat deux novilladas sensés être les « musts » de la saison et qui laisseront autant de souvenirs qu’un sandwich acheté dans une station service d’autoroute.
Et pourtant, l’entourage de la plupart des toreros n’a pas arrêté de leur dire qu’ils ont été bien et même bons. Il n’est pas étonnant que les novilleros ne se transcendent pas. Et pourquoi se fatiguer puisqu’un bajonazo rapide d’effet et les cris (et je reste poli) des groupies des fans clubs feront tomber les oreilles. Quand certaines peñas de toreros, je pense à celle de Tibo, savent rester raisonnables, d’autres, faussent complètement les courses. Elles sont à la limite de l’incorrection, insultant les présidences ou quittant, y compris des responsables du fan club,  les gradins quand leur protégé ne toréé pas.

Paradoxalement, si la France défend la novillada avec un vrai investissement des clubs taurins organisateurs, le résultat n’est pas à la hauteur. Que ce soit en courses toristes ou en courses toreristes, compétences et motivation des novilleros ne sont pas au rendez vous.
Côté toros, il faut sortir du mono encaste et des élevages qui ont fonctionné mais qui ne fonctionnent plus. Il y a des élevages, dans tous les encastes, en France et en Espagne qui ne demandent qu’à faire leurs preuves.
La remise en question passe aussi par l’abandon du système des échanges. De plus les cartels montés longtemps à l’avance barrent la route à des novilleros qui se révèlent en cours de saison (exemple El Adoureño ou Solera) ou sont simplement motivés (Cristobal Reyès ou d'autres..............). Ils n’incitent pas les novilleros sûrs de leurs engagements à se battre et les transforment vite  en rentiers.
Un novillero doit gagner le contrat suivant à chaque passe qu’il fait. Et s’il fonctionne ; il doit avoir sa chance de rentrer dans des cartels aujourd’hui trop verrouillés.
Il doit, comme l’a fait Manolo Vanegas, affronter tous les encastes et tous les types de public
La seule novillada intéressante que j’ai vue cette temporada, c’est celle de Peralta.
Sur les gradins un public très jeune, enthousiaste mais respectueux, au palco une présidence sérieuse, en piste les trois novilleros sont « morts de faim ». Ils ont peu de contrats et se les gagnent à la force de la muleta.  Face à eux des novillos  d’El Pincha, sérieux de trapio et de têtes, imparfaits (au sens toro moderne) de comportements mais qui se bagarrent dans les trois tiers. Il y a eu de l’émotion (avec ces volteretas caractéristiques des novilladas d’antan) et une course entretenue qui a ravi aficionados et public occasionnel.
J’ai découvert un Fernando Florès très bon lidiador, un Aquilino Giron volontaire et courageux et un Maxime Solera appliqué et respectueux de la lidia dans les trois tiers ;
Comme quoi, avec des garçons motivés et un élevage en devenir et bien géré, on peut retrouver l’esprit de la novillada.
Après tout n’est pas parfait dans ces pueblos espagnols. Il est difficile d’admettre que certains novilleros payent pour toréer, ou bien touchent quelques billets de vingt euros pour risquer leur vie. Heureusement que chez nous quasiment toutes les empresas appliquent le convenio. Mais la France ne doit pas devenir une vache à lait de toreros installés ou poulains de grosses écuries qui se partagent le marché.


Le constat n’est pas très optimiste.  Il y a du travail pour redresser la situation. Même si on sait très bien que les figuras ont rarement été des novilleros punteros. C’est surtout la novillada comme porte d’entrée en Aficion  pour les jeunes et moins jeunes qu’il faut préserver.


Thierry Reboul 

DANS UN RECOIN DE CE MONDE

Sunao Katabuchi

Au début du film Suzu a 7 ans. Elle vit au Japon, à Hiroshima. Elle va à l'école, et aime beaucoup dessiner. En 1944, à l'occasion de son mariage, elle va vivre à Kure, un port militaire. La guerre amène son lot de difficultés, mais elle s'entend bien avec sa belle-famille. Un peu moins avec sa belle-sœur, qui a une fillette adorable.

Évidemment on attend une seule chose : que la bombe tombe, puisque nous, spectateurs, savons qu'elle va tomber. Elle arrive pourtant au bout de presque deux heures de ce film qui peut sembler lent, mais qui raconte les jeunes années d'insouciance de Suzu. Le monde qu'elle dessine est celui qui va disparaitre à jamais. C'est beau, c'est triste, et ce n'est pas parce que c'est un dessin animé que c'est pour les enfants, pas du tout!
A voir !

vendredi 1 septembre 2017

Concours de Saint Perdon, El Pincha et Tibo....................

Arènes du Plumaçon ; dimanche 26 Août 2017
Novillada concours de Saint Perdon
Sont sortis en piste, des novillos des ganaderias suivantes :


Celestino Cuadri (quelques sifflets) pour Diego Carretero (silence)
Escolar Gil (silence) pour Jorge Isiegas (silence)
Valdellan (quelques applaudissements) pour Tibo Garcia (silence)
Virgen Maria (silence) pour Diego Carretero (silence)
Pedraza de Yeltès (palmas) pour Jorge Isiegas (un avis et silence)
El Pincha (vuelta al ruedo) pour Tibo Garcia (un avis et salut au tiers)
Salut de Morenito d’Arles au second
Quatorze piques, cavalerie Bonijol
Président : Pierre Noguès (Roquefort)
Musique Al Violin
Un tiers d’arène

A l’issue du paseo, un hommage a été rendu à Damaso Gonzalez et les deux novilleros espagnols lui ont brindé leur premier novillo.
Ciel bas et orageux, pluie du second au cinquième
Photos Nicolas Couffignal et Matthieu Saubion, celles de Romain Tastet pas encore traitées, viendront plus tard.




Pas la peine de tirer sur une ambulance, les socios de la Muleta, sont grands garçons, assez matures et aficionados pour savoir que l’édition 2017 de leur novillada concours n’était pas à la hauteur de leurs espérances. C’est compliqué quand on organise une course par an de rectifier le tir sur celle du lendemain pour sauver la mise, Hagetmau en a fait aussi l’amère expérience. L’équipe de Pascal saura analyser ce qui s’est passé et corriger le tir pour l’an prochain. Et puis, si on prend du recul,  il ne faut pas oublier les éditions précédentes qui nous ont fait vivre de grands moments d’émotion. Laissons les gens de Saint-Perdon débattre, réfléchir et donnons leur rendez vous en 2018.
Par contre il est intéressant de se poser la question de la place d’une novillada concours dans le paysage taurin actuel.
Le principe de la Concours, c’est de mettre en compétition des élevages d’encastes différents. Comme en tienta, les bichos doivent être sélectionnés sur leur potentiel,  potentiel qu’ils devront prouver dans les trois tiers. Le vainqueur devra être brave, encasté et noble.
Une concours n’est pas un comice agricole. Les candidats doivent être dans le type de leur encaste avec les qualités et les défauts inhérents à leurs origines. On doit accepter qu’un Cuadri soit gordito avec des cornes à la Samuel Florès.
Des six novillos de dimanche, cinq étaient conformes à ce que l’on était en droit d’attendre. Seul le Pedraza était fuera de typo, petit, avacado et pauvre de tête, de quoi décevoir les fans de cet élevage. Il était aussi peu Aldanueva que le sixième de Garlin.
Quoi qu’on dise, les ganaderos sont capables de choisir un novillo qui a le potentiel de remporter une telle compétition ; Statistiquement, il  est impossible que tous les éleveurs présents dimanche se soient trompés en même temps. Le drame des corridas concours actuelles, c’est que les ganaderos ne s’investissent pas dans un challenge, mais vendent un novillo de plus. La  preuve en est que celui qui avait le plus besoin de se faire connaître, El Pincha, a  sélectionné un toro, qui comme par hasard, a été bon.

Qui dit concours dit lidia. Le torero se met au service de son opposant pour le mettre en suerte correctement au cheval, le toréer de cape et de muleta pour mettre en évidence les qualités, corriger les petits défauts qui peuvent être présents chez les mansos con casta. Ils doivent aussi montrer qu’un toro n’est pas digne du prix. Pour cela, il faut  que les picadors se mettent au service du premier tiers, comme en tienta. Malheureusement les piqueros de samedi n’avaient pas forcément tous compris. On a soit piqué comme en corrida normale (piques traseras et même carioquées), soit piqué pour produire un premier tiers « moderne », scénarisé  comme on le voit aussi dans les corridas normales et qui enflamme certains publics. Gabin a reçu de manière exceptionnelle la charge du Valdellan à la première pique. L’aguante, la pose du palo et la manière de tenir la première poussée sont de grande classe. Par contre, la suite avec ce cheval qui échappe à la poussée, tourne  autour du toro en lui fermant la sortie c’est du rejon. Et quand cela dure trop, le bicho y laisse son moral.

En corrida concours, le piquero a un rôle primordial. Il est là pour mettre en évidence la bravoure du toro .Pour cela, le choix du cheval est primordial .Il doit avoir du poder et résister à la charge sans épuiser le toro. Il n’est pas nécessaire qu’il soit sur-dressé Il doit juste avoir du cœur.

Autre effet de mode, la pique de tienta. Pour moi, elle est réservée à faire monter l’ambiance avec un toro de bandera ; Elle ne doit pas être utilisée  avant la quatrième rencontre et uniquement si le toro s’est beaucoup employé aux précédentes. La sortir à la troisième est une hérésie ou plutôt un élément de scénarisation du tercio de piques moderne. Et c’est d’autant plus important qu’en concours, soit le toro a la bravoure et la force d’en prendre une troisième et il l’a prend avec la vraie puya. Sinon, on change le tercio et le bicho est hors concours.
Dans ce premier tercio, la mise en suerte est primordiale. Il faut que le novillero sache et ait envie. On peut admettre que savoir soit compliqué pour un novillero, et les cuadrillas sont là pour les aider. Des trois novilleros, seul Tibo Garcia a joué le jeu et, malgré quelques maladresses, et mené correctement les utreros au cheval. Pour les autres, on place au petit bonheur la chance, loin à la première et on le rapproche à la suivante. Ils ont tout compris !!!!


A la muleta, la faena doit être adaptée à l’encaste. On ne torée pas un Jandilla comme un Atanasio. Le torero doit se mettre au service du toro et le toréer des deux mains dans les bons sitio et tempo. La chasse aux oreilles ne peut s’ouvrir qu’une fois le travail fondamental terminé. Comme pour la mise en suerte, il faut compétences et motivation .Avec les défauts d’un novillero, seul Tibo a été respectueux de son contrat. Carretero a été mal servi mais aurait pu mieux faire, et Isiegas s’est fait promener par un Pedraza noble et naïf.
 Pour réussir une concours, il faut aussi un public sérieux, attentionné et connaisseur. Je ne m’étends pas sur le ballet incessant des vendeurs de Jojo La Praline qui ont perturbé les premiers tiers. Après avoir été expulsé des arènes de Mugron, ils vont finir par se faire interdire l’accès aux autres placitas.  Le concours, comme la tienta de Bougue, pourrait être l’occasion d’une opération de « formation ». Cela évitera de voir applaudir un toro qui a perdu son moral après les piques ou un picador qui a piqué trois fois très en arrière le plus brave de la course.
Autre problème récurrent depuis le début de la saison, l’extrême fragilité des cornes qui éclatent dans les petites et grandes arènes.  Entre les toros areglados, le pourrissement de la corne avec les fundas et autres pratiques qui, on  l’a vu à Boujan et Céret échappent au contrôle des organisateurs, on est en train de tuer à petit feu la corrida.

Au  soir de la course les spectateurs pouvaient en vouloir aux organisateurs. Mais en prenant du recul avec leur taux de réussite plutôt élevé, le problème n’est pas à leur niveau. Le vrai problème, c’est que ganaderos, professionnels et même une partie du public ne sont pas intéressés par la corrida concours. Les uns viennent encaisser le sueldo, les autres veulent voir un spectacle. Dimanche seul les propriétaires d’El Pincha et Tibo Garcia ont respecté leur engagement. Et pourtant il faut continuer à se battre pour défendre et aider de telles courses car elles sont à la corrida ce qu’est la fleur de sel au chlorure de sodium standard.  


 Le premier est un Cuadri dans le type. Il manque de forces et prend deux piques sans conviction. La première est placée dans l’épaule, l’autre est plus correct. Le toro noble dans le capote, devient très vite  tardo. Il se défend plus qu’il ne charge. Diego Carretero manque de fermeté et se fait accrocher à plusieurs reprises. Le novillo s’éteint à la quatrième série.

Le second est un Escolar Gil. Dans le type y compris quand il s’endort par trois  fois au cheval, il est très vite compliqué à la muleta. Jorge Isiegas n’a pas le recours nécessaire pour imposer sa volonté à un toro qui en l’absence de domination lui pose de plus en plus de problème. Il tue mal.


Le troisième est un Valdellan, dans la lignée des toros axiblancos. Le ganadero n’a pas réussi avec ce novillo à racheter ses précédentes sorties en France. Le toro prend une première pique en poussant avec conviction au début. Il s’endort à la seconde où c’est surtout le cavalier et le cheval qui brillent. Il laisse beaucoup de moral, s’il en avait dans ces deux rencontres trop longues et sort seul de la troisième. Tibo Garcia qui s’était attaché à bien le mettre en suerte, alterne des séries de la main droite et de la gauche. Le toro ne se livre pas, regarde vers les planches. Le Valdellan va très vite à menos malgré les efforts du torero qui tue mal.


Le quatrième est un Virgen Maria, dans le type de ceux sortis au Plumaçon en 2016 ; Il prend deux piques sans classe. Il manque de race et s’éteint à la quatrième série donnée par un Carretero qui n’insiste pas ;



Le  cinquième est un Pedraza de Yeltès très mal présenté. Difficile de dire ce qu’il vaut au cheval tant le premier tercio a été scandaleusement bâclé par un Isiegas pas au niveau.
Au troisième, c’est un Pedraza « moderne » plus noble, voire soso, qu’encasté. Peu compliqué, il permet à Isiegas de tirer quelques séries sans vraiment convaincre. Le toro va à menos et le torero tue mal. L’arrastre est applaudie ; Effet de mode, s’il avait porté un autre fer, il aurait été encore plus protesté à son entrée en piste. Le silence aurait accompagné l’arrastre.


Depuis le second toro, il pleut. Le soleil revient au dernier. Soleil dans le ciel et en piste, car ce   novillo de  la ganaderia El Pincha le mieux fait et le mieux armé des six novillos du jour sera le meilleur. Il prend trois piques  traseras, correctement mis en serte  en poussant et mettant les reins. La dernière est peu significative car donnée avec la pique de tienta. .

 A la muleta, il a une corne droite excellente. Aidé par Tibo Garcia, il va  à mas sur ce piton. Tibo enchaine de très bonnes séries de derechazos données avec sincérité et même élégance. A gauche le toro, près sur cette corne, est plus complexe et Tibo revient à droite.  Le novillero commet l’erreur de ne pas faire une troisième série de naturelles pour confirmer. En effet, même cité de trop près, le Pincha a progressé  entre la première et la seconde série. Le torero raccourcit les distances en fin de faena,  alors que le toro venait encore  de loin. Après cette faena intéressante, dans l’esprit de la concours, le français aurait du triompher. Hélas, il a été trahi par les aciers et doit se contenter de saluer au tiers. Le Pincha a droit à une vuelta discutable  (deux vraies piques  seulement et des doutes non levés sur le côté gauche)  Il reste le meilleur novillo de la tarde.


Comme la moyenne depuis cinq ans est bonne et que l’édition 2017  n’a pas été au niveau, celle de l’an prochain devrait être d’un grand niveau. Rendez vous à la soirée de présentation de l’affiche.


Thierry Reboul