ROQUEFORT, la novillada


Monsieur le Maire a demandé une minute de silence, non pour Federico Garcia Lorca disparu depuis 82 ans, mais pour Laeticia, Michou, Jacques partis cette année, et le public s'est soulevé des gradins de bois où il venait de prendre place.
Le lancé de clé fut aussi loupé que celui du matin.

6 Novillos du Conde de la Maza
1 sobrero de Turquay
Kevin de Luis : applaudissement - oreille
Aquilino Giron : vuelta - oreille
Maxime Solera: silence - silence

Puis est arrivé le premier toro. Un toro. J'en ai des frissons. Il est haut sur pattes, les cornes au ciel et il sort doucement. Il fait un tour et refuse de s'approcher des capes. Les péons ont du mal à le fixer pour l'entrée du cheval dans le ruedo.
Kévin de Luis, rose hibiscus et or, réussi à le rapprocher du picador. Il prend deux grosses piques mi-sifflées mi-applaudies. Deux belles paires de banderilles et une paire à la sauve-qui-peut.
Au centre du terrain, immobile sur sa devise il attend son torero. Kevin de Luis arrache passe après passe, à force de cris et d'arrimage sans pour autant arriver à dessiner une véritable faena.
Un os, deux tiers d'épée aplatie. Gros applaudissements en partie pour le soulagement due à la mort de cet animal magnifiquement dangereux.

Le second semble plus galopeur que le premier. Aquilino Giron, blanc doré d'alternative, parvient difficilement à l'intéresser. A peine mis en suerte, le toro fonce sur le cheval pour une longue pique applaudie. Le péon qui le sort du canasson aussi est très applaudi.  Une autre pique de plus loin également ovationnée. Banderilles posées une à une et d'un seul bras, panique chez les péons!
Aquilino Giron entame par des passes aidées, série à droite avec le toro qui se retourne très rapidement. Silence absolu dans l'arène, on entend que le "hey" du torero et les conseils en espagnol du type dans le callejon. Et la chose que je n'avais pas identifiée : le souffle du toro. Aquilino doit être très impressionné de tant de silence compact, tant les arènes espagnoles sont bruyantes. Deux belles séries à gauche, une série à droite. La présidence pense demander la musique, mais pour Aquilino c'est l'heure de la mise à mort. Malgré un bel engagement il pinche et prend le plat de la corne sur la hanche, ce qui fait éclater son costume sur vingt bons centimètres. Volent trois pinchazos et les espoirs de trophées malgré une belle entière. Toro applaudit à l'arrastre et vuelta du jeune qui voulait juste saluer aux planches.

Le troisième a une belle couleur de gâteau au chocolat fourré au carambar, de belles cornes blanches dont une a dû taper le béton. Il semble boiter de la patte avant, ou arrière selon les avis des experts-vétérinaires présents près de moi sur les gradins. Après concertation, la présidence décide de sortir le mouchoir vert. Et tandis qu'on entraîne le bel animal vers les corrales, il ne boite plus. Simulation pour sauver sa vie? Il faudra enquêter.
Le sobrero est un Turquay du Mas des Cavales, marron avec des taches de moisi sur les cuisses. Maxime Solera, vert bouteille et or, l'intéresse beaucoup. Belle série à la cape. Une pique correcte, applaudie. Une seconde et Maxime demande le changement de tercio. Banderilles sans commentaire.
Entame par droitières au ras des planches. Il l'amène au milieu, série à gauche, à droite. Tout cela n'est pas très enthousiasmant.
Plusieurs tentatives d'estoc, un avis, cinq descabellos, deuxième avis, un wagon de puntillas. On a le temps de faire connaissance avec son voisin de gradin.

Le quatrième toro est un modèle pour les peluches dont on ornait les dessus de télés dans les années 70 : magnifiquement taillé, de hautes cornes blanches, la devise rouge qui flotte quand il court. Qu'il est beau! Les péons le fixent mal pendant le placement du cheval, et il se retrouve dessus. Quelle réactivité du picador! Pour la deuxième pique il est placé loin et s'élance. Aquilino Giron réalise un quite, malgré le péon qui voulait placer le toro pour les banderilles.
Kévin de Luis brinde au public. Quelques belles séries qui sonnent la fin de sieste de l'Harmonie Municipale. Une belle entière pour conclure, et l'oreille tombe sous la pression d'une certaine partie du public, quand la majorité se serait contenté d'une bonne vuelta.
Toro applaudi à l'arrastre.

Le cinquième est un beau toro noir, front gris et ventre moucheté. Il semble hésitant et fuyant. Aquilino Giron réussi à l'intéresser à la cape qu'il se fait déchirer. il va tout seul au cheval (encore des problème de placement, de fixation des péons, bref de débandade) pour une bonne pique, puis y revient pour une seconde et une troisième. Le picador sort sous de légers mais continus applaudissements. Les deux banderilleros sont chaleureusement acclamés pour leur brillante participation. C'est rare.
Belle entame par la droite en passes aidées très très applaudies. Série sur la gauche, puis d'autres sans que je note quoi que ce soit (je regarde). Une éjection d'épée, et une énorme entière en place avec le toro qui tombe au centre de la piste. Une oreille méritée et une vuelta fleurie!

Aurait on gardé le plus gros pour la fin? Il est tout noir, avec ses petites pattes qui galopent sous son ventre, ses cornes blanches hautes dans le ciel azur. Maxime Solera semble aussi vert que son costume face à un tel animal qui fonce sur le picador qui n'est pas prêt. Il place sa pique dans l'animal bien après que celui-ci ne soit appuyé contre le caparaçon, se fait huer. On replace tout le monde, mais loin. Le picador fait "ho ho ho!" on dirait un peu un Père-Noël anglo-saxon. Il le repique surpris alors qu'il tentait une manœuvre.... Pour les banderilles, un péon ok, l'autre...
La faena débute le toro collé au burladero. Maxime Solera a bien du mal à réaliser quoi que ce soit. Après moult tentatives de décoller ce toro des planches, de faire des passes ou quoi que ce soit qui ressemble à de la tauromachie, il prend l'épée de mort. Il essaye de le tuer au ralenti, mollement, une innovation qui ne réussi pas!
Le public commence à quitter les gradins, il est 20h45. Sa prise de descabello provoque des cris, il y en a qui suivent! Donc épée, la puntilla de relève, il reprend le descabello... Et puis le dernier toro meurt.

Alors l'Harmonie Municipale entame un concert de sortie des arènes, les musiciens un peu frustrés de n'avoir pu jouer que si peu. Mais les aficionados heureux d'avoir vu du bétail si bien présenté. Deux oreilles à Roquefort, qui auraient pu être quatre si Aquilino Giron n'avait pas échoué à la mort de son premier : un succès! Il faut également souligner l'engagement de ces jeunes (Kévin et Aquilino) qui sont venus en remplacement de dernière minute.


























































 photos Laurent Larroque, tous droits réservés.

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