FERNANDO, C'EST BON QUE TU REVIENNES

Ce n'était pas à Madrid. Pas dans cette arène où il a arrosé le sable de son sang. Pas là où un 15 août il a failli perdre la vie. Rien. Plus de 1800 jours ont passé, sans mouiller sa montera. Sans appuyer ses instruments contre les murs d'un callejon. Sans que sa cape ne soit enroulée autour de ses épaules. Ça se raconte vite, mais je suis sûr que ça a paru long à Fernando.
Loin des flashes, des grandes férias, dans l'oubli des empressas (pas forcément du monde taurin) dans cet ostracisme qui endurcit que c'est forgé un torero.
L'expérience acquise, le fond, tout ce qu'il a formé dans cette opportunité qui se montrait vitale, réalité ou mirage ? Fallait il donner les raisons à ce cœur torero que continue d'empoisonner la tauromachie.
Chagriné, personne n'a acclamé ce torero lors de la sortie du toro de son triomphe, pas un applaudissement, pas une marque d'affection. Triste. Mais voyant cela, Fernando a décidé de donner des motifs pour que le public s'anime, et a offert trois véroniques enchaînées, en tirant bien sur les bras avec beaucoup d'élégance au premier animal qui a ouvert le bal. Il a brindé au public avec le menton cloué à la poitrine un début de faena pleine de toreria et de goût, les caractéristiques qui l'ont accompagné durant tout l'après-midi.
Le toro regardait et savait ce qui restait en arrière, se doutant que derrière la fermeté des appels, par ces naturelles si basses, il se soumettait de façon habile.
Le premier triomphe fut de se voir à l'affiche, mais cela ne suffisait pas à Fernando, qui voulait démontrer qu'il avait su mettre le temps à profit, que de ce chômage forcé il n'était pas allé cherché ailleurs que dans le toreo, et c'est ce qu'il a démontré, devant un animal du fer de Daniel Ramos (on a lidié trois de ce fer et trois des Eulogios) imposant de carrure et de labeur, pour aller au cheval de loin.
Distrait, il prenait ses habitudes dans le ruedo, cherchant à s'échapper à tout moment. Le bon toreo de Fernando, sous le pasodoble qui porte son nom, a démontré que le temps n'a pas passé en vain, et que si tu es torero, tu peux apporter à la fiesta brava des choses de ton exil, différentes de celles des toreros qui sont dans le circuit.
Avec ce toreo de sentiments, baissant à chaque passage les pointes des cornes, l'animal, chaque fois plus dégonflé et Fernando la tête plus haute, a voulu solder son travail par un torerissime trincherazo, s'enroulant dans la muleta tandis que retentissait un sonore « olé ! » à l'unisson dans les arènes.
Après une mise à mort digne, les gens ont demandé à l'unanimité les deux oreilles qu'il a reçu ému des mains de la belle alguacil de Casarrubios del Monte.

Sans doute l'après-midi était béni, au delà des trophées c'est le triomphe de la constance, du sacrifice, de l'espoir, de ne pas perdre ses illusions, nonobstant, louons l'espoir qui mérite un si beau final. Que c'est bon que tu sois de retour Fernando ! Et maintenant que tu nous as montré tout ce qu'il y a en toi, pourvu qu'on te permette de nous le montrer lors de nombreuses après-midis. 

traduction libre d'isa du moun

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