Novillada de Pampelune: pour rassurer les montois qui ne connaissent pas Francisco de Manuel

Francisco de Manuel, novillero à suivre


Ce n’est pas encore la San Firmin mais « y falta menos ».  Comme chaque année, c’est une novillada piquée qui ouvre les Fêtes de Pampelune.  Avec des gradins remplis à plus des deux tiers, il y a de quoi faire rêver plus d’un organisateur, ou faire réfléchir d’autres sur la place et le positionnement de la novillada dans certaines férias françaises. Soirée importante pour la ganaderia de Pincha qui après avoir fait ses classes dans les arènes navarraises, puis à Saint-Perdon et Mugron, rentre dans la cours des grands avec une première sortie dans une arène de première catégorie espagnole.

La camada est courte donc forcément hétérogène de présentation, mais l’ensemble des utreros étaient dans le type de l’élevage. Des défauts, des qualités mais tous, à l’exception du dernier, avaient ce fond et cette capacité à durer qui caractérisent les produits de la famille Baigorri d’où une course entretenue et intéressante.
Des trois novilleros, c’est Francisco de Manuel qui a dominé ses collègues. Très fin capeador, il est un muletero efficace et courageux. Il sait se connecter avec le public et ce qui ne gâche rien,  tue bien.

Le premier prend deux piques ne poussant qu’à la première. Le toro est noble, part de loin, met la tête. Alfonso Cadaval le toréé à mi hauteur en s’obstinant à le citer de près. Il n’exploite pas les possibilités d’un novillo noble auquel il manque un  soupçon d’alegria. Le toreo marginal et qui étouffe le toro proposé par Cadaval accentue ce manque de chispa.  Le novillero se fait désarmer plusieurs fois et les deux acteurs finissent par aller à menos. Cadaval tue d’une entière tendida et fait une vuelta.

Le second prend deux piques traseras sans vraiment s’investir sous le fer.  Au troisième tiers, il part de loin. Noble il va répéter tout au long de la faena en mettant bien la tête dans la muleta. Toñete le toréé sur le voyage, sur le bout du leurre et sans peser sur un toro qui permettait plus que ce que le madrilène nous a fait voir. Le toro a une très bonne corne droite et est un peu plus compliqué à gauche. Et même sur cette corne, le torero ne se croise pas pour peser sur le Pincha. Cette faena stéréotypée, parfois pueblerina est conclue par une estocade habile et basse, rapide d’effet. Et le public obtient la première oreille de cette Féria 2018.

Le troisième est distrait et abanto à sa sortie en piste. Manso, il prend deux piques en se défendant. Après un tercio de banderilles « honnête », Francisco de Manuel, déjà vu à son avantage lors d’un quite au second,  débute sa faena de rodillas. Très appliqué, le novillero essaie de retenir au centre, un bicho très attiré par les planches. Le garçon est volontaire mais manque de métier. Il a du mal à l’empêcher de partir en querencia et tarde trop à toréer le novillo dans les tablas pour donner « du relief » à sa faena.  Il salue après avoir tué d’une quasi entière après un pinchazo hondo.

Le quatrième prend une pique et un picotazo traseros en se défendant. Cadaval manque de se faire accrocher lors de ses premiers muletazos donnés de rodillas. Le novillo est noble et ne pose pas de problèmes particuliers. Le sévillan toréé à nouveau de trop près et n’allonge pas la charge d’un bicho pourtant prêt à se laisser faire. La faena est superficielle, pueblerina et n’exploite pas le potentiel d’un toro qui finit par aller à menos. L’estocade basse et portée sans s’engager est rapide d’effet, ce qui permet au torero de couper une oreille.

Le cinquième a du mal à se fixer. Il prend un bon premier puyazo en poussant et sort seul du second. Toñete, à nouveau, enchaîne des passes sur le voyage profitant de la noblesse du novillo. Jamais il ne se croise .Si la faena porte sur le public, elle ne pèse pas sur le Pincha et n’exploite pas, et c’est dommage, tout son potentiel. Troisième julipié de la soirée, celui-ci n’est pas efficace et le torero doit recourir au descabello, instrument dont le madrilène ne maîtrise pas l’usage.

Le dernier et seul colorado a un comportement plus Atanasio que Gérardo Ortega a sa sortie en piste. Manso, il est tardo et fuit le combat. Il ne s’investit pas au cheval. Son comportement « très aléatoire » le rend difficile à banderiller. Avec beaucoup de courage, De Manuel va lidier son opposant et parvient, en s’exposant, à placer deux très belles paires et reçoit une grande ovation.Le toro est compliqué. Tardo, il ne charge qu’à contrecœur. Le novillero se croise, impose son autorité et oblige le Pincha à accepter deux très bonnes séries de derechazos. A gauche, le toro est encore plus compliqué et finit quasi parado. De Manuel change de registre et opte pour une tauromachie plus trémendiste qui porte sur le public. Torero à double facette, de Manuel a montré des qualités de lidiador au second tercio et en début de faena, puis sa capacité à connecter avec le public avec une tauromachie encimiste. Après avoir marqué les esprits à Madrid, il triomphe à Pampelune en coupant deux trophées à une très bonne estocade rapide d’effet. Il sera à Mont de Marsan pour la piquée des Fêtes de la Madeleine.

Fiche technique
Arènes de Pampelune : novillada des San Fermines 2018
Six novillos de la ganaderia de Pincha, inégalement mais correctement présentés, aux comportements variés mais toujours intéressants. Les meilleurs ont été les second et cinquième
Adolfo Cadaval : vuelta, une oreille
Toñete : une oreille, un avis et silence
Francisco de Manuel : salut, deux oreilles
Douze piques
Plus de deux tiers d’arène
Petit vent parfois frisquet

Thierry Reboul

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