Analyse toute personnelle de la Féria de Dax 2015

Les dernières notes de l’Agur jouées, les foulards rouges dénoués viennent le temps du bilan de cette Féria Dacquoise 2015.  Déceptions, coups de gueule et coups de cœur se sont succédé lors de ces cinq journées de tauromachie  dans les arènes du Parc Théodore Denis.

Au chapitre des déceptions on  retrouve les toros de Jandilla, Banuelos et Escolar Gil. Les deux premiers lots ont totalement manqué de caste et de force  .Ils sont responsables de l’ennui qui a régné en piste et sur les gradins lors des deux premières corridas .Seul le toréo brillant d’Adame et celui plus élégant de Luque, face au seul Banuelos potable, ont préservé les spectateurs de l’endormissement. Les toros d’Escolar Gil ont confirmé le « bache » dans lequel s’enfonce l’élevage. L’aficion française saurait gré  aux organisateurs de ne pas les reprogrammer  tant qu’ils ne seront pas revenus au niveau attendu d’un élevage torista de première catégorie.

Les Domingo Hernandez ont été souvent faibles et parfois sosos mais ils ont eu la chance de contribuer aux triomphes du Juli et de Pepe Moral.
Les déceptions côté toreros sont venues en premier lieu de Diego Urdiales décidemment à contre emploi face à des toros sosos comme les Jandilla. Manzanares, mal servi  et mal remis d’un accrochage la veille, a laissé ses deux compagnons de cartel triompher.  Seul point positif pour lui, il a réussi une fois de plus à ne pas salir son costume même s’il lui a fallu enlever la boue collée à ses zapatillas.
Des faenas de Ponce  et Fandiño  on ne retiendra que quelques muletazos donnés en se croisant qui nous ont fait regretter que ces deux maestros soient programmés face à de bien mauvais Banuelos.

Pour les  Leal, Castaño, Perez Mota, Escribano et Aguilar, ils sont passés au travers et ont, pour certains, hypothéqué leur cartel dans la cité thermale.
Côté satisfactions on retrouve Adame et Luque déjà cités ainsi que Léa Vicens, Del Alamo et Rafaelillo.  La cavalière française est en progrès et a réussi une très bonne faena face à son second adversaire. Del Alamo est le seul torero à avoir su toréer les excellents toros de Pedraza de Yeltès  même si doit lui reprocher une coupable apathie lors des premiers tercios.  Le public l’en a sanctionné en lui refusant sa sortie a hombros. Rafaelillo est un pro et il s’est comporté comme tel face au seul Escolar Gil qui avait un semblant de noblesse.  Il est dommage qu’il n’ait pas été programmé en lieu et place de Castaño.

Mon premier coup de gueule va à Andy Cartagena .Ce garçon a pris le public de Dax pour un public de pueblo et cela a malheureusement  marché. Il a compensé son absence de lidia et ses poses systématiques à la croupe par des numéros tenant plus du cirque que de la Haute Ecole.

Autre coup de gueule pour les tercios de piques. A plusieurs reprises, ces tercios à cause de la faiblesse des toros (Jandilla, Banuelos, Domingo Hernandez et Escolar) ont été simulés, le piquero relevant le palo au premier contact. Ce qui est inquiétant, c’est qu’une partie du  public a applaudi des picadors qui n’avaient pas piqué.
Le paroxysme a été atteint  face aux Pedraza. Lors du tercio de piques du troisième, Gabin Rehabi reçoit le toro pour une première pique grandiose (la meilleure que je lui ai vu donner depuis longtemps) qui a été très applaudie. A la seconde et à la troisième, le palo est immédiatement relevé. Le cheval est chahuté par le toro ,ses efforts et la maîtrise du cavalier font que la chute est évitée et le public est en délire sur les gradins  Ou je ne comprend plus rien à la corrida ,ou bien ces deux rencontres n’ont rien à voir avec ce que doit être une pique .Pour moi ,et cela n’engage que moi, on a vu dans ce tercio le positif avec une grande première rencontre et le négatif avec des piques qui relève plus du spectacle que de la lidia. Et entre nous, heureusement que le cheval est protégé. Si on veut préserver le toro et lui permettre de venir trois fois au cheval, il serait plus normal de le sortir plus vite de la première et doser ainsi le châtiment (raison première de la pique) en le répartissant sur les trois puyazos.

Dans le même chapitre, autre coup de gueule, le comportement  scandaleux de l’ensemble des toreros qui sont responsables, et probablement sciemment, du chaos qui a régné en piste lors du tercio de piques du sixième Pedraza de Yeltès. Ils ont mis en danger Alain Bonijol et son équipe ainsi que le cheval de turno. Ils nous ont aussi privés d’un probable grand tercio de piques donné dans les règles de l’art à un toro certainement bravissime.  Certainement car il n’a pas été possible de mesurer objectivement cette bravoure si ce n’est en extrapolant, certes avec une faible marge d’erreur, le comportement du Pedraza tout au long de sa pelea. On vient ainsi d’introduire dans le monde des toros, où règnent naturellement l’approximation et la subjectivité, des éléments de probabilités et de logique floue. « On n’est pas sorti de l’auberge,……….. ».

Après ces coups de gueule, les coups de cœur et ils sont de taille.
Coup de cœur pour les acteurs du concours landais, toreros, musique, débisayre et bétail qui ont enthousiasmé le public. Ce fut un grand moment de tauromachie et prompt rétablissement à tous les blessés de cette soirée.

Côte piquero, Gabin pour son excellent première pique au troisième doit être  associé  à Alberto Sandoval. Ce grand picador a réalisé le meilleur tercio de piques de la Féria face au quatrième  Pedraza .Tout y était, sitio, qualité du cite, tenue ferme de la puya et sortie donnée au bon moment, du grand art.
El Juli, dont je ne suis pas un grand fan, devait se racheter après sa prestation controversée à Dax en 2014. Sa première faena est d’un bon niveau mais reste superficielle et sur le voyage et terminée par un vilain julipié .Chapeau bas pour la seconde, vexé par le succès de Pepe Moral, Julian Lopez s’est donné à fond. Débutant  à Puerta Gayola, pieds nus dans la boue,  il a sorti le grand jeu d’un torero qui peut être, quand il veut, un très grand lidiador. Malheureusement le toro manquait de race et de fond et ne lui a pas permis de réaliser la faena qu’il voulait. .
Pablo Hermoso de Mendoza a survolé de sa classe la corrida à cheval du dimanche matin. Il est tout : lidiador, artiste, show man et ses chevaux sont merveilleux.
 Autre coup de cœur pour Alain Bonijol et son équipe qui ont risqué leur vie pour protéger leur cheval mis en danger par l’incurie et la non intervention des toreros lors du tercio de piques du fameux sixième Pedraza.
Coup de cœur aussi pour les équipes techniques qui ont tout mis en œuvre pour préserver la piste malgré des conditions météorologiques très défavorables.

Pour finir j’ai deux super coups de cœur. Le public français a découvert un excellent torero en la personne de Pepe Moral .Venu avec l’envie de triompher,  il a construit deux superbes faenas à la fois artistiques et dominatrices .Au premier il a transformé un toro soso en toro noble voire encasté. Il est sorti par la Puerta Grande de Dax avec El Juli et s’est positionné en trouble fête de l’ordre établi par les figuras. L’avenir nous dira s’il confirme, mais en attendant, il nous a, par son toréo et la compétition engendrée avec le Juli, fait vivre une grande matinée de toros.

Mon plus grand coup de cœur va à l’excellent lot de Pedraza de Yeltès. Cette ganaderia s’est imposée comme le meilleur élevage actuel. Même si le lot de 2015  était un ton en dessous de celui de 2014 (à l’exception du très grand 6ème), ils ont fait naître en piste et sur les gradins cette émotion que nous venons tous chercher aux arènes. La sortie en triomphe de Curro Sanchez, le mayoral, risque de ne pas être la dernière.2016 sera une année importante pour cet élevage, il faudra confirmer deux très bonnes années avec une camada un peu plus fournie (une novillada et cinq corridas au moins). Il faut juste que les figuras aient tout à gagner à accepter de toréer ces toros. Encore merci aux organisateurs de Garlin et de Saint Perdon pour avoir découvert cette ganaderia et de l’avoir faite venir dans le Sud Ouest.


Ainsi se termine une excellente Féria de Dax 2015  comme quoi « Féria pluvieuse, Féria heureuse » La temporada continue avec ce prochain week end une corrida à Mimizan (samedi) et des non piquées (dimanche) à Rion des Landes et Maubourguet. 

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