A Aignan Cesar Valor Valencia a encore triomphé

Photos Laurent Larroque

Jean Pierre Coffe, qui vient de nous quitter, aurait comparé Nîmes à un Mac-Do, nous expliquant que la programmation taurine y est de la « merde ». En grand épicurien, il nous aurait parlé d’Aignan comme d’un de ces petits restaurants du Gers où les organisateurs savent conserver le parfum d’une corrida authentique. En 2016 la bande à Thierry et Paul sont revenus à un cartel de toreros « vaillants » tout en continuant à expérimenter des élevages « sérieux » en phase de renouveau. Après les Concha y Sierra de l’an passé, ils ont fait appel à la ganaderia du Marquis d’Albaserrada
Certes tout ne fut pas parfait. L’élevage est en reconstruction et seul le dernier toro a eu un comportement intéressant pour le mayoral. Mais son combat face au monstre de courage et de sincérité qu’est Cesar Valencia restera dans les mémoires.
Lors de la présentation des cartels, Fabrice Torrito s’était lassé aller à prédire le comportement de ses toros.


Il avait annoncé le 32 comme le plus encasté. Le toro est sorti avec les cornes très abîmées après avoir tapé  contre les portes des chiqueros. Il sort au pas et sera le plus faible du lot .Il pousse à la première pique  avant de prendre un picotazo.  Le tercio de banderilles est agrémenté du traditionnel saut à la garrocha de  Raul Ramirez. Le toro a envie de charger mais son physique ne suit pas. La faena de Sanchez Vara est décousue. Le toro vient bien sur la première passe, mais il est trop faible pour accepter des séries enchaînées. La faena va très vite à menos. Vara tue d’une très vilaine épée


Le mayoral attendait beaucoup du 42. Hélas le toro s’est cassé une corne au débarquement et n’a pas pu être présenté en piste.   Il est remplacé par un Camino de Santiago, bien présenté, noble mais très vite parado. Il subit une dure vuelta de campana avant de prendre deux piques sans grand style.  Alberto Lamelas doit insister pour faire démarrer le toro au troisième tiers. Quand le bicho démarre, le torero enchaîne des passes en se croisant avec sincérité. Il coupera une oreille après une demie en place efficace.


Le 27 est un joli toro applaudi à sa sortie en piste. Il est bien piqué par Alberto Sandoval  à deux reprises. Le président change de tercio alors qu’une pique supplémentaire s’imposait. Le piquero avait fait l’effort de piquer proprement  donc le toro pouvait encore aller une fois au cheval. En agissant ainsi, le président encourage les piqueros à mettre le paquet sur la deuxième pique quite à masquer la bravoure de l’animal.  A deux reprises les banderilleros se font raccompagner aux barrières et passent près de la cornada.
César Valencia manque de contrats et donc d’officio. Mais il ne manque pas de courage. Il met la jambe, se croise, s’expose et réalise une faena sincère mais qui ne pèse pas assez sur son opposant. Il s’engage pour une belle entière et est pris très spectaculairement par le toro, qui comme au second tiers, fait le coup de barrière après lui. Impressionné et ému le public demande et obtient une oreille. Le torero rejoint l’infirmerie pour être soigné suite à un coup de corne interne à la cuisse droite.


Le 46 devait être le plus brave. Il a bien poussé en venant fort au cheval mais a été horriblement mal mis en suerte et piqué lors des trois rencontres (bronca au piquero). Mal banderillé, il est le plus sérieux du lot. Il avait du potentiel mais Sanchez Vara n’avait ni la confiance, ni l’envie, ni les moyens de le révéler. La faena distante et sans dominio est mal terminée à l’épée.


Le 48 est joliment fait, Il manque de force, pousse à la première pique et est économisée à la seconde. Lamelas va faire une démonstration de ses qualités de muletero  et de sa sincérité. Il arrachera une très belle série à gauche à un toro parado. Comme dans la pub d’un certain opérateur téléphonique, le torero veut encore en offrir plus. Il allonge sa faena au delà du raisonnable et du supportable. Il prend l’épée véritable alors que le premier avis aurait du sonner. Comme il a du mal à tuer, il prend deux avis et le tombe à la limite du troisième.


Le 26, très bien présenté, n’était pas du tout un des  favoris de Fabrice Torrito. Prédit manso, Il a été le meilleur toro du jour. Sorti avec beaucoup d’énergie, il prend trois piques en poussant et surtout en allant à mas. L’excellent piquero Yvan Garcia est ovationné.  Après un très bon tercio de banderilles, salut du peon JC Donaire, Cesar Valencia comprend qu’il faut citer de loin. Avec beaucoup de sincérité, parfaitement croisé le vénézuélien exploite la charge noble et vibrante du toro  dans de très bonnes séries des deux mains. Très exposé, il se fait prendre très spectaculairement et passe, encore une fois, très près d’une très grave blessure. Avec courage, il se relève, continue sa faena et tue d’une très grande entière portée avec foi. Vuelta pour le toro et oreille pour le toro,  Cesar Valoir sort à hombros.

 Il est absolument injuste que ce jeune garçon n’ait pas du tout de contrat en Europe. Mis en situation, dans des corridas très dures obligé de s’exposer au-delà du raisonnable, il est dans l’incapacité de peaufiner son apprentissage et risque d’y laisser une partie de son intégrité physique.


L’élevage des toros n’est pas une science exacte quand on compare prédiction et résultat. Le sympathique mayoral a encore du travail , mais il est en progrès par rapport à Parentis et a au moins une piste à creuser, avec le dernier toro,  dans sa recherche du retour au sang d’origine (encaste Pedrajas) de l’élevage du Marquis d’Albaserrada .Il lui reste une corrida au campo, plus forte que celle d’Aignan , à suivre………….. 

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